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Le mardi 09 février 2010 19:13
![]() Pierre DuhamelUn journaliste économique depuis 30 ans et un des grands experts en économie au Québec.Biographie complète Québec puissance gazière et pétrolière ?
Le Québec sera-t-il l’Alberta de demain ? On ne trouvera jamais au Québec autant de pétrole et de gaz que dans l’Ouest du pays, mais il se pourrait que les redevances perçues des ressources naturelles du Québec soient décuplées si on exploite intelligemment tout le potentiel de son sous-sol québécois. Ce sont les redevances qui maintiennent les finances publiques de l’Alberta en bon état et je me plais à croire qu’elles pourraient jouer le même rôle au Québec.
Cela fait très «1950», mais je pense que notre avenir dépend de la bonne utilisation de nos ressources naturelles. Je ne suis pas convaincu que le Québec pourra pendant longtemps maintenir son avance sur les Chinois pour la construction d’un avion comme la C-Series, mais je sais que la Chine aura toujours besoin de cuivre et d’autres minerais disponibles ici pour le fabriquer. Voilà pourquoi je me réjouis quand le rapport indépendant réalisé pour la société québécoise Junex confirme le potentiel gazier du Québec. Il y a deux ans, le géant canadien des hydrocarbures Encana établissait sa valeur à au moins 280 milliards de dollars et possiblement à 1000 milliards de dollars. C’est qu’on retrouve dans les Basses-Terres du Saint-Laurent la même formation géologique qui est en train de créer un véritable Eldorado énergétique sur un territoire allant du Texas à l’État de New York. 35 000 puits y sont en activité et on estime que les réserves qui s’y trouvent représentent l’équivalent de 100 années de consommation, ou encore la moitié des réserves mondiales connues. Le Québec importe du gaz naturel provenant surtout de l’Ouest canadien. Il y a 135 000 personnes et plusieurs entreprises qui se chauffent au gaz naturel au Québec ainsi que presque tous les hôpitaux et écoles. Des flottes d’autobus et de camion utilisent aussi le gaz naturel. Si on trouve du gaz naturel au Québec, on pourrait devenir autosuffisant, économiser des milliards et le gouvernement pourrait encaisser des millions de dollars en redevances. Nous ne sommes pas encore à l’étape d’une exploitation commerciale du gaz naturel et les recherches pour trouver du pétrole ne sont pas encore concluantes. Mais dans les deux cas, on sait qu’il y en a dans le sous-sol québécois. Reste à savoir où il se trouve précisément et si on peut l’exploiter à bon prix. Cinq société ont dressé jusqu’à maintenant 24 puits d’exploration, de Farnham à Saint-Augustin, pour trouver un gisement de gaz exploitable commercialement. L’étude de cette semaine nous dit qu’à Nicolet, les indices sont forts et les ressources considérables. C’est une histoire à suivre, mais qui me fait rêver. Immobilier : l’effet «last call»
On annonce aujourd'hui 55 400 nouvelles mises en chantier au Québec en janvier et l'Association canadienne de l'immeuble prévoit une hausse cette année de 6,7 % du prix des maisons dans la province. Doit-on craindre pour autant une bulle immobilière ? Je n’y crois pas. Parlons plutôt d’un effet «dernière minute».
C’est en effet le «last call» pour les acheteurs et les vendeurs. Nous nous retrouvons dans une situation étonnante où il vaut mieux acheter et vendre maintenant. Les acheteurs veulent profiter des taux d’intérêts historiquement bas. La croissance économique plus robuste que prévu au quatrième trimestre et les mises en garde du gouverneur de la Banque du Canada rendent presque inévitable une hausse des taux d’intérêt dès juillet prochain. Quant aux vendeurs, ils veulent profiter de l’appréciation de leur propriété. Ils se doutent bien que le rythme de croissance des prix ne pourra pas se maintenir longtemps et que la hausse des taux d’intérêts refroidira l’audace de plusieurs acheteurs potentiels. De plus, le dynamisme de l’industrie de la construction – une hausse de 7,3 % des mises en chantier d’habitations au Québec en janvier – rééquilibrera le marché. C’est pour toutes ces raisons d’ailleurs que l’Association canadienne de l’immeuble s’attend à une baisse moyenne des prix des maisons en 2011 au niveau canadien et à une légère hausse au Québec. Certains prophètes de malheur croient depuis déjà deux ans à un effondrement imminent du marché immobilier canadien, semblable à ce qui est arrivé aux États-Unis. Je ne vois toujours pas de signe annonciateur suggérant un tel scénario. Le marché immobilier canadien a été beaucoup plus constant. L’endettement des Canadiens est préoccupant, mais reste inférieur au taux américain. Le marché de l’emploi est aussi plus robuste ce côté-ci de la frontière. Les banques canadiennes ont mieux choisi leurs clients que les institutions américaines et sont beaucoup plus solides que leurs consoeurs. Enfin, le quart des propriétaires américains se retrouvent avec une hypothèque plus élevée que la valeur de leur maison, un phénomène encore très rare au Canada. Le marché canadien est effervescent et produit d’innombrables petites bulles ici et là. Les prix des maisons à Vancouver, par exemple, pourront-ils se maintenir au niveau actuel une fois la frénésie olympique terminée ? Probablement pas. Mais l’éclatement d’une grosse bulle pan canadienne, qui touchera le Québec ? C’est peu vraisemblable. Le Québec lave-t-il plus blanc que blanc ?
La guéguerre entre Québec et Ottawa sur l’environnement devient polluante. Selon le National Post, le gouvernement fédéral, qui a semoncé celui du Québec parce qu’il veut imposer aux constructeurs automobiles des normes plus sévères d’émissions de gaz à effets de serre, serait en train d’imposer les mêmes règles.
Le ministre fédéral Jim Prentice trouvait le Québec ridicule d’agir sur cette question, mais on dirait qu’il était plutôt déçu de s’être fait devancer dans l’annonce de cette politique. Ceci dit, je comprends l’exaspération d’Ottawa car le gouvernement québécois est devenu un insupportable donneur de leçons sur les enjeux environnementaux. Le Québec est-il devenu à ce point vert et irréprochable en matière d’environnement ? On apprenait cette semaine que les émissions de CO2 en 2007 ont bondi de 3,7 % au Québec après avoir subi une baisse les années précédentes. Jean Charest s’était pourtant fait le preux chevalier de la lutte aux changements climatiques et s’est commis pour une baisse de 20 % des émissions d’ici 2020. Prenons note qu’il faudra dorénavant diminuer les émissions de 23,7 % pour atteindre la cible. À Copenhague, Jean Charest s’était également permis une charge audacieuse contre les répercussions de l’exploitation des sables bitumineux en Alberta. Ce point de vue est peu entendu au Québec, mais je crois sincèrement que nous profitons largement des retombées de cette exploitation. À preuve, les citoyens de l’Alberta versent par habitant plus du double en taxes et impôts au gouvernement fédéral que ceux du Québec et ils reçoivent- toujours per capita - 25 % de moins que nous en dépenses de programmes et en achats de biens d’Ottawa. Manifestement, il y en a qui paient pour les autres… et ce ne sont pas les Québécois. Présumons que les intentions de Jean Charest sont nobles et qu’il est vraiment catastrophé par l’exploitation des sables bitumineux. Pourquoi alors ce même Premier ministre ne s’offusque pas quand on exploite une mine d’uranium aux portes de Sept-Îles ? Pire, Jean Charest a même défendu en Inde l’exploitation et l’exportation de l’amiante, un produit dont le caractère extrêmement nocif est universellement reconnu. Le gouvernement du Québec défend l’existence d’une vieille mine qui emploie 150 personnes à Asbestos, mais joue les vierges offensées devant une industrie qui emploie 372 000 personnes et où on prévoit des investissements de 100 milliards de dollars d’ici 2020. Le Québec n’a pas de sables bitumineux, mais on cherche activement du pétrole en Gaspésie et du gaz naturel dans la vallée du Saint-Laurent. Je pense que certains de mes concitoyens seront beaucoup moins «verts» quand ils verront les retombées des découvertes potentielles. Le coup de poker de Loto-Québec
Le gouvernement se met au poker pour renflouer ses coffres. C’est à la fois étonnant, cocasse et quand même un peu troublant. On n’en sort pas, il y a toujours plusieurs niveaux d’interprétation quand on parle de Loto-Québec.
D’un seul point de vue affaires, voilà un monopole dont les revenus et les profits stagnent depuis cinq ans et dont la clientèle vieillit à vue d’œil. Pour rester dans le coup, il cherche à développer un nouveau marché et à rejoindre une clientèle plus jeune. C’est d’autant plus alléchant que le jeu en ligne connaît une croissance fulgurante et que cela devrait continuer. Du point de vue finances publiques, le gouvernement veut beaucoup de fric et les billets de loto et les machines à sous ne lui en donnent pas suffisamment. Il voit les joueurs fréquenter des sites de poker et de casino en ligne et se dit qu’il y a des millions à faire dans ce marché estimé à 25 milliards de dollars au niveau mondial. D’un point de vue sociétal, cette décision montre l’ambivalence fondamentale de Loto-Québec. Il y aurait entre 50 000 et 200 000 joueurs pathologiques au Québec. Loto-Québec dépense 26 millions de dollars par année dans la lutte contre le jeu excessif, mais c’est elle qui offre le jeu. Il y a aussi une première pour Loto-Québec. Elle jouit d’un monopole sur le territoire québécois, mais elle trouvera de solides concurrents en ligne. Des joueurs établis depuis des années et dont l’offre multiple a gagné plusieurs adeptes. Loto-Québec devra faire mieux pour s’imposer. C’est à la fois une occasion d’affaires formidable parce que si son site est le meilleur et le plus sûr il accueillera des visiteurs de partout au monde et procurera beaucoup d’argent au gouvernement. Mais si son offre est trop alléchante, ils seront nombreux à s’en plaindre. Pas facile de diriger Loto-Québec… L’État, c’est nous
Je suis stupéfait de constater comment les employés du secteur public et les médecins spécialistes ne tiennent pas compte de la capacité de payer des contribuables et de l’endettement du Québec quand ils revendiquent leurs augmentations salariales. On dirait qu’ils vivent sur une autre planète, où l’argent abonde et où il n’existe aucune contrainte.
Le Dr. Gaétan Barrette de la Fédération des médecins spécialistes du Québec exige des augmentations pour ses membres allant de 4 % à 6 % par année «afin de rattraper la moyenne canadienne». Cette justification ne pèse pas lourd car le Québec est plus pauvre que le reste du Canada, son État plus endetté et ses citoyens plus taxés. Dans presque tous les secteurs, nous sommes loin de la «moyenne canadienne». Le salaire horaire moyen au Québec est inférieur de 11 % à la moyenne des autres Canadiens. N’y cherchez pas complot ou malveillance, c’est juste que le PIB par habitant du Québec est de 20 % inférieur à celui du reste du Canada et que nous occupons le septième rang au pays à cet égard. La situation des médecins spécialistes du Québec peut se comparer à celle d’autres hauts salariés québécois, comme les comptables, les avocats d’affaires et les cadres supérieurs d’entreprises, qui gagnent de 20 % à 30 % de moins que leurs collègues ontariens ou albertains. On fait de meilleures affaires là-bas et on empoche davantage. Même si nous sommes plus pauvres, notre gouvernement dépense 26 % de plus que celui de l’Ontario pour offrir les services publics à la population. Comment cela se peut-il ? Il n’y a pas de miracle : c’est en taxant plus (38 % du PIB contre 33 % pour le reste du Canada), en s’endettant davantage (50 % du PIB contre 24 % pour le reste du Canada) et en payant moins ses employés, ses médecins et autres professionnels. Je comprends la frustration des uns et des autres, mais cela fait partie du prix du «modèle québécois». Le discours qu’il faut être payé autant que les autres ne tient pas la route parce que le Québec ne produit pas autant que les autres. Je trouve malhonnête l’argumentation des médecins spécialistes qui veulent se comparer à leurs semblables canadiens anglais et je trouve abjecte celle des employés de l’État qui disent être moins bien traités que les travailleurs du secteur privé. Il n’y a pas de sécurité d’emploi dans le secteur privé, les heures travaillées sont beaucoup plus longues et on ne peut pas accumuler sans restriction les congés maladie. C’est la norme dans le secteur public, mais seulement 23 % des employeurs privés offrent un régime de retraite complémentaire à prestations déterminées. Un régime de retraite qui, quand il existe, est plus souvent qu’autrement sous capitalisé, quand il n’est pas carrément menacé. Voilà des faits sur lesquels les dirigeants syndicaux sont particulièrement silencieux. Hier en commission parlementaire, une association regroupant les retraités de l’État réclamait une compensation de 625 millions de dollars pour contrer les effets de la désindexation partielle qui a eu lieu entre 1982 et 2000. C’est quand même culotté de demander à des travailleurs/contribuables sans régime de retraite de bonifier celui de leurs membres au nom d’une mystérieuse justice sociale. Fonctionnaires, pompiers, policiers ou médecins réclament ajustements, hausses et bénéfices. Ces centaines de millions de dollars supplémentaires, c’est à nous qu’ils les demandent. Avez-vous le goût de payer davantage ? |
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